Tant de choses sont contenues dans un cœur au cours d’une vie.
Tant de choses sont contenues dans un cœur en une journée, une heure, un instant.
Au bout du compte, nous ne sommes totalement ouverts à personne—
Ni mère ni père,
Ni épouse ni époux,
Ni amant, ni enfant, ni ami.
Nous ouvrons des fenêtres à chacun,
Mais nous vivons seuls dans la maison du cœur.
Peut-être est-ce ainsi que cela doit être.
Peut-être ne pourrions-nous pas supporter d’être si nus,
Par peur d’un cœur sans cesse meurtri.
Quand nous sommes jeunes,
Nous croyons qu’un jour viendra une personne
Qui nous chérira et nous soutiendra toujours.
Quand nous sommes plus âgés, nous savons que c’est le rêve d’un enfant—
Que tous les cœurs, avec le temps,
Sont meurtris et cicatrisés,
Marqués et déchirés,
Réparés par le temps et la volonté,
Rapiécés par la force du caractère,
Mais toujours fragiles et branlants,
Peu importe la férocité de la défense,
Peu importe combien de briques nous ajoutons au mur.
Vous pouvez murer votre cœur,
Le rendre aussi solide, hermétique, dur, froid et impénétrable que possible—
Et pourtant, il s’effondre en un instant—
Abattu par le regard furtif d’une femme,
Le souffle pomme d’un enfant,
L’éclat du verre brisé sur la route,
Quelques mots simples,
Un chat à l’échine brisée, rampant vers la forêt pour mourir,
Le frôlement de la main parcheminée de votre mère dans l’épaisseur de vos cheveux,
L’écho de sa voix,
Tôt le matin,
Flottant depuis la cuisine,
Où elle prépare le petit-déjeuner pour ses enfants.
©️ Beatriz Esmer
