J’ai pris un morceau de toi…
Pas par caprice. Pas par jeu. Mais comme on cueille une étoile filante dans le ciel d’un soir d’été, avec la peur douce qu’elle s’éteigne trop vite. Ce morceau, ce fragment de toi, je l’ai volé sans bruit, comme un souffle dans la nuit. Et depuis, il vit en moi.
Il ne s’agit pas d’un souvenir figé, ni d’une image pâlie par le temps. Non. Ce que j’ai pris, c’est ton feu. Ton essence. Ce qui fait que, même dans le silence, tu résonnes. Ce morceau de toi, je l’ai noué à mon âme comme on noue un ruban autour d’un cadeau précieux. Il est devenu mon refuge, mon phare, mon secret.
Quand les hivers s’abattent sur moi — les vrais, ceux du cœur — je le sens vibrer. Il me parle. Il me rappelle que je ne suis pas seule. Que quelque part, dans les plis du monde, il existe une chaleur qui ne s’éteint jamais. Une chaleur qui vient de toi.
Et alors, même si la glace recouvre mes pas, même si le vent hurle dans les ruelles de mes pensées, je marche. Je marche avec toi en moi. Ton étreinte invisible me guide, me soutient, me murmure que l’amour, le vrai, ne connaît ni distance ni saison.
Ce morceau de toi est devenu une lumière. Une braise douce qui ne brûle pas, mais qui éclaire. Il est mon abri dans les tempêtes, mon chant dans les silences. Et je le garde, jalousement, tendrement, comme on garde une lettre jamais envoyée, mais toujours lue.
Alors, si un jour tu te demandes où tu es, souviens-toi : tu es là, dans les creux de mon âme. Gravé. Vivant. Éternel.
©️ Beatriz Esmer
