Je ne compte pas. Compter, c’est déjà s’absenter. Les années ne sont que des chiffres qui tombent, comme des écailles sèches. Pourtant, doucement, avec une fatalité qui ressemble à une respiration, je vieillis. C’est une métamorphose muette. Mes cheveux blanchissent, oui, mais ce n’est qu’une couleur. Une couleur qui tente d’expliquer l’inexplicable.
Au milieu de cet effritement, il y a le cœur.
Ce cœur qui ne sait pas s’arrêter. Il aime avec une obstination sauvage. Il y a ces êtres, ces présences qui me touchent dans l’obscur de l’âme, là où les mots n’ont plus de prise. Ils sont mon eau. Je m’abreuve de leur existence pour ne pas mourir de soif dans le désert du temps. Ils ravivent cette flamme, une joie presque effrayante tant elle est pure.
Qu’importe le nombre ? Le temps est un mensonge.
Quand le cœur se donne, sans calcul, sans retenue, on entre dans le sacré. Être fidèle, ce n’est pas attendre ; c’est appartenir à ce que l’on a toujours aimé. C’est vivre dans l’éclat d’un instant qui ne finit jamais.
C’est cela, la vie. Une brûlure qui nous rend éternels.
©️Beatriz Esmer
