L’Invention de la Présence

Ta voix me tire du néant à l’aube. Elle n’est pas qu’un son ; elle est un retour brutal à des racines que j’avais oubliées, enfouies sous l’épaisseur du monde. Ta bouche, elle, possède ce pouvoir terrifiant de faire taire les épines. Ces tourments que la saudade hurle en moi s’éteignent enfin. Sous tes contours, je ne suis plus perdue : je deviens une lucidité enivrante, une clarté qui brûle.

Je m’expose. Je me livre tout entière à ton ton de soleil, sans défense, étendue sur cet espoir nu, si fin qu’il en devient tranchant. Nous attendons, lui et moi, tes arrivées comme on attend une naissance nécessaire.

“Je ne comprends pas, je n’explique pas. Je cultive des désirs qui connaissent ton nom, comme si le désir était une science ancienne.”

Mes destins ont désormais la couleur de ton marbre, froids et éternels. Tu n’es pas seulement dans le monde, tu es ce qui précède le monde. Tu fondes la réalité du sacré par une raison divine que je ne cherche même plus à déchiffrer. Ton amour me peuple ; il me comble d’autres existences, des ombres protectrices qui m’épanouissent ici, dans cet instant qui n’en finit pas.

Et parce que je connais le repos que les mots accomplissent — ce silence enfin plein — je t’invente. Je dois t’inventer pour me sauver des lieux où tu n’es pas, car ton absence est un vide que la réalité ne sait pas remplir.

Je veux abolir les distances, non par le geste, mais en m’appuyant sur tes lèvres, là où tout commence et tout s’achève. J’ose, enfin, dans cette poésie qui est ma seule vérité, t’aimer parmi les éternels.

Simplement parce que vivre ne suffit pas. Il me faut l’autre. Il me faut toi.

❤️🙏

© Beatriz Esmer

Leave a comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.