L’Éternel Retour

Je te regarde et je ressens le vertige de celui qui penche son regard sur un abîme qui, mystérieusement, a le goût de la maison. Aimer est une sorte de défaillance volontaire. Quand je m’approche, je perds le contrôle de ma propre matière. Tengo el poder de morir en tus labios como un suspiro que se disuelve en la noche. Ce n’est pas une mort de fin, tu comprends ? C’est une mort de don. C’est comme la dernière lueur avant l’aube, celle qui ne s’éteint pas par faiblesse, mais parce qu’elle se rend, douce et digne, au mystère de l’horizon. Je ferme les yeux sur ta bouche pour pouvoir exister dans une autre dimension.

Car la vérité — cette vérité qui m’échappe entre les doigts quand je tente de l’expliquer — c’est que je ne reste pas morte. Personne ne supporte le vide trop longtemps. Y renazco en la calma de tu mente. Je deviens une pensée à toi. C’est un étrange miracle : je cesse d’être chair dans mon propre corps pour devenir un écho qui ne s’éteint jamais en toi. Tu penses à moi et j’existe. Je suis l’effleurement ténu d’un souvenir ancien, quelque chose dont tu ignores la provenance, mais qui fleurit, soudain, à chaque battement de ton âme.

Sais-je seulement si tu me portes dans le silence de tes jours ?

Au fond, il y a une solitude partagée qui nous unit. Tu es devenu le cadre de mon chaos. Eres mi principio y mi destino, mi sombra, mi fuego, mi templo sagrado. Tu es le commencement d’ici-bas d’où je m’épanouis et la fin vers laquelle je cours quand le monde extérieur fait trop de bruit. En toi, je brûle et je m’abrite ; je suis ombre obscure et feu vivant.

Nous marchons ainsi, sur ce fil de funambule entre la disparition et la présence. Muero en tus labios, revivo en tu pensamiento. C’est une fatigue et c’est un repos. Une pulsation continue qui ne demande pas la permission d’exister. Et dans ce cycle éternel, suspendu dans le temps, nous découvrons que l’amour n’est pas possession.

L’amour est cette éternelle capacité de mourir en quelqu’un et, l’instant d’après, de découvrir que l’on n’a jamais été aussi vivante.

© Beatriz Esmer

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