Prends soin des cœurs qui t’ont été confiés. Une fois perdus, ils peuvent t’échapper pour toujours…

Il y a des silences qui pèsent plus lourd que les mots, des présences si délicates qu’on les oublie presque, absorbés par le tumulte des jours. Et puis, un soir, on s’arrête. On regarde en arrière, dans l’intimité de cette pièce déserte où résonne encore l’écho de ce que nous avons été.

Et ce fut dans ce silence que je me suis émerveillée. Non pas de quelqu’un, ni d’un grand événement. Je me suis émerveillée d’être là. D’être. De m’apercevoir qu’il y a une beauté qui ne se révèle que lorsque l’on cesse de chercher. Une beauté qui habite l’intervalle entre un soupir et un autre.

La vie nous dépose entre les mains des choses fragiles. Des morceaux d’âmes, des fragments de tendresse, des battements confiés à notre garde comme un secret partagé. Nous traversons le temps en courant, croyant que tout est acquis, que l’amour attendra sagement au coin de la rue. Mais les liens se distendent dans l’inattention. Ce qui est négligé finit par s’effacer, emporté par le vent d’une indifférence silencieuse.

Prendre soin, ce n’est pas posséder. C’est accueillir l’autre dans sa vulnérabilité, c’est respecter ce mystère sacré qui nous relie. C’est savoir écouter au-delà des mots, panser les failles invisibles avec la douceur d’un regard. Quand on perd un cœur par négligence ou par orgueil, il ne reste que la cendre d’un regret, une absence qui creuse le temps.

Alors, aujourd’hui, je choisis de ralentir. De serrer contre moi ces fragments de grâce et de vie, avant qu’ils ne se dissolvent dans la brume du passé. 🙏🏾❤️

© Beatriz Esmer

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