On aurait dit que quelqu’un avait fouillé dans les tiroirs les plus intimes de mon âme, exposant mes fragilités sous la lumière crue et impitoyable de la réalité. C’était une violence subtile, presque douce. Je me surprenais souvent là, immobile au bord de la fenêtre, à regarder les voitures miniatures en bas, tourbillonnant comme des feuilles mortes emportées par un vent aveugle, tandis que je relisais en silence des lettres qui avaient depuis longtemps perdu leur voix. Dans ces instants de vertige, je sursautais de désir : je voulais des ailes à la place des membres, je voulais briser la cage étroite de mon existence pour enfin planer entre les façades géantes des immeubles, là où l’air appartient à l’invisible.
Et puis, il y avait tes yeux de feu. Ils me brûlaient de l’intérieur, m’enveloppant d’une intensité si lourde, si totale, qu’il était impossible d’y échapper — et pourtant, curieusement, je ne choisissais pas de fuir. La distance entre nous n’était plus qu’une illusion morte. Nous avions transcendé le temps et l’espace, consumés par cette connexion ardente qui allumait une aube inédite, où les jours et les nuits se confondaient dans un même vertige.
Je cherchais alors dans tes poches une clé qui ne tournait pas, une clé qui ne correspondait à rien. Métaphore vaine de ces réponses fuyantes que je continuais de réclamer au silence, comme si comprendre pouvait enfin sauver de la brûlure.
© Beatriz Esmer
