Langage de l’amour

Si l’on s’arrête un instant, au milieu du bruit affairé des jours, l’on réalise peut-être que l’amour ne réside pas dans les grands éclats ou dans les promesses définitives que nous faisons au bord du gouffre. Il se cache dans les petits détails du quotidien, dans les silences partagés sans hâte, dans le café qui refroidit tandis que les mains se rencontrent distraitement sur la table.

Il y a ceux qui attendent toute leur vie une illumination extraordinaire, sans savoir que la véritable intensité pulse dans les intervalles. C’est dans la part fragile d’un regard qui se croise dans la pénombre, dans la manière dont l’autre déchiffre nos absences et accueille nos douleurs les plus secrètes, sans exiger d’explications. On s’invente et l’on se défait dans l’autre, telle une argile douce façonnée par l’urgence de ne pas être seul dans ce monde si vaste et, parfois, si glacial.

Aimer est, au fond, un courage doux. C’est accepter notre propre vulnérabilité et l’offrir à l’autre comme on propose un abri à l’épreuve des tempêtes. Quand le monde extérieur se tait et que la nuit s’abat avec ses ombres, savoir qu’il existe un port sûr — un corps où l’âme se repose et reconnaît sa propre adresse — est ce qui nous sauve du vertige. Il n’est pas nécessaire de dire grand-chose ; il suffit d’être. Dans le tissu invisible de cette affection qui ne s’éteint jamais, on comprend enfin que l’essentiel a toujours tenu dans la simplicité d’une étreinte. ❤️

© Beatriz Esmer

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