Le Souffle et la Trace

Il ne reste rien. Rien, sinon le vent. Ce vent invisible qui a traversé notre histoire comme une respiration, un souffle tantôt caressant, tantôt d’une violence aveugle, un de ces vents qui arrachent les mots de la bouche et laissent l’âme nue.

Je regarde ce qui fut nous, et je cherche le poids des choses. Mais les choses s’effritent. Il ne reste que le mouvement de l’air, ce mystère insaisissable qui continue de frôler nos mémoires avec la persistance d’une hantise. C’est presque insoutenable, cette manière qu’a le passé de ne pas mourir, de se réinventer sous la forme d’une brise soudaine qui soulève la poussière des souvenirs.

Nous étions là, suspendus au milieu de nulle part, à écouter battre le silence. Et le vent soufflait. Il portait nos silences, nos éclats de rire, nos peurs secrètes. Était-ce de la joie ? Était-ce de la douleur ? C’était de la vie à l’état pur, crue, sans explication ni pardon. Une brûlure douce.

Aujourd’hui, il ne demeure que cela : l’écho de ce souffle en nous. Une présence invisible qui prend racine dans le creux des souvenirs, là où le temps s’arrête enfin pour nous regarder vivre encore un peu.

© Beatriz Esmer

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