Il pleuvait ce jour-là sur Paris, une pluie fine et complice qui collait les mèches rebelles de mes quinze ans au front. J’avais les genoux marqués par les trottoirs de mon enfance et le cœur entièrement blanc, vierge de toute tempête. C’était le temps des premières peines, celles qui font trembler les mains et retenir son souffle.
Du plus loin, que me revienne l’ombre de mes amours anciennes…
En y repensant, j’ai le sourire aux lèvres. Était-ce de tendres amours de gosse, des bluettes d’enfants précoces, ou déjà la morsure féroce d’un amour fou ? Difficile de démêler le vrai du faux dans ce fatras de souvenirs. Ce que je sais, c’est que si depuis, j’ai eu l’occasion de prononcer ce petit mot magique — je t’aime — à d’autres oreilles, rien n’a jamais égalé la pureté de ce premier battement.
C’est vrai, je ne fus pas sage. J’ai mené ma vie comme on dévore un livre sans en respecter l’ordre, tournant les pages à la hâte, parfois sans même les lire, laissant de grandes traînées blanches et puis rien dessus. Mes guerrières de passage, ces figures fugaces croisées au coin d’une rue ou d’un quai de gare, à peine vues et déjà disparues, n’ont laissé que de vagues parfums.
Pourtant, à travers chacun de leurs visages, c’était toujours un peu de vous que je cherchais. C’était votre image qui se dessinait en filigrane, le cœur nu et sans défense. Alors, inlassablement, je refaisais mes bagages, tournant le dos aux promesses faciles pour mieux poursuivre mon mirage.
Et vous, qui m’avez suivi à travers les âges et les chansons, vous restez là, immuables. Ma plus belle histoire d’amour, c’est encore et toujours vous. ❤️
